Lors de sa rencontre avec le Haut-Commissaire du Royaume-Uni, le président gabonais a abordé un dossier sensible : celui de l’ancienne Première dame et de son fils, actuellement à Londres, en attente de leur procès à Libreville.

Le rendez-vous était inscrit à l’agenda officiel comme une rencontre bilatérale classique : ce 7 octobre, le président de la transition gabonaise, Brice Clotaire Oligui Nguema, a reçu au Palais du Bord de Mer, à Libreville, le Haut-Commissaire du Royaume-Uni, Simon Day. À l’ordre du jour : la coopération entre les deux pays, les questions environnementales, et notamment la participation du Gabon à la COP30 prévue en novembre prochain à Belém, au Brésil.

Mais derrière les formules protocolaires, un sujet plus épineux s’est invité dans les échanges : la situation de Sylvia Bongo Ondimba et de son fils Noureddin Bongo Valentin, actuellement à Londres pour des raisons de santé, après plusieurs mois de détention à la prison centrale de Libreville. Inculpés pour des faits présumés de détournements massifs de fonds publics et de corruption, les deux anciens proches du pouvoir déchu d’Ali Bongo sont attendus devant la justice gabonaise en novembre.

Pressions discrètes, message clair

Selon des sources proches du pouvoir, le président Oligui Nguema aurait profité de cette rencontre pour exprimer, en des termes diplomatiques mais fermes, son attente quant à la collaboration des autorités britanniques. « S’ils ont quitté Libreville pour raison médicale, rien ne saurait justifier leur absence au procès », a-t-il notamment fait valoir. Une manière pour le chef de l’État de réaffirmer que la justice gabonaise entend aller au bout de ses enquêtes, sans interférences, ni échappatoires.

Le message est clair : toute tentative de prolonger indéfiniment leur séjour à l’étranger pourrait être perçue comme un refus de se soumettre aux autorités judiciaires nationales. Un scénario qui, selon Oligui Nguema, risquerait d’entacher les relations de confiance entre le Gabon et le Royaume-Uni.

Des propos “inadmissibles” depuis Londres

Autre point abordé : les sorties médiatiques de Sylvia Bongo et de son fils, depuis leur arrivée à Londres. Entre accusations ciblées et récits à charge contre le pouvoir actuel, ces prises de parole ont irrité au plus haut sommet de l’État. D’autant qu’elles interviennent dans un contexte où le gouvernement de transition affirme lutter contre la corruption et restaurer la crédibilité des institutions.

Pour Libreville, ces déclarations relèveraient davantage de la stratégie de communication que de la défense judiciaire, et viseraient surtout à saper l’image du président de la transition sur la scène internationale. « Cela ne saurait continuer », aurait signifié Oligui Nguema à son interlocuteur britannique, rappelant que le respect mutuel entre États implique aussi une certaine retenue de la part des personnes bénéficiant de l’hospitalité d’un pays tiers.

Londres à l’écoute ?

En réponse, le Haut-Commissaire Simon Day se serait montré réceptif, assurant que des discussions seraient engagées au sein de l’appareil diplomatique britannique, et que les relations bilatérales continueront de se fonder sur la transparence et la coopération. Des engagements de principe, certes, mais qui tracent les contours d’une possible entraide judiciaire à venir.

Transition et lignes rouges

Depuis son arrivée au pouvoir, suite au coup d’État du 30 août 2023 ayant mis fin à plus de 14 ans de règne d’Ali Bongo, le Général Oligui Nguema s’est engagé à assainir la gouvernance, restaurer l’autorité de l’État et faire la lumière sur les scandales financiers qui ont marqué l’ère Bongo. Dans cette dynamique, le dossier Sylvia Bongo et Noureddin apparaît comme un symbole fort de la volonté de rupture affichée par les autorités de transition.

À quelques semaines de l’ouverture du procès, le chef de l’État semble déterminé à envoyer un signal sans ambiguïté : la justice gabonaise ira jusqu’au bout, avec ou sans la présence des principaux mis en cause.

Share.

Laisser un commentaireAnnuler la réponse.

En savoir plus sur La Tribune Online

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture

Exit mobile version