L’histoire d’un duel entre deux présidents est séduisante, mais elle repose sur des fondations fragiles. Brice Clotaire Oligui Nguema est accusé d’avoir engagé une offensive contre Omar-Denis Junior Bongo et Antoinette Sassou-Nguesso. Au centre de la polémique figure pourtant une procédure judiciaire française vieille de plus de quinze ans.
Premier problème : l’actuel président gabonais n’était pas au pouvoir lorsque l’affaire a commencé. Il est donc impossible de lui attribuer son ouverture. Présenter ce dossier ancien comme une initiative née après le changement de régime du 30 août 2023 revient à raconter l’histoire à l’envers et à ignorer volontairement sa longue chronologie.
Deuxième élément essentiel : l’État gabonais avait été admis comme partie civile dès mars 2023. Cette étape est intervenue plusieurs mois avant l’accession de Brice Oligui Nguema à la magistrature suprême. Elle ne constitue donc pas la preuve d’une offensive ordonnée par l’actuel président contre les personnalités visées.
Troisième point : la décision de poursuivre la procédure n’appartient pas au Gabon. Le Parquet national financier français a requis un renvoi, et des juges français devront se prononcer. Cette répartition des rôles est capitale : le parquet requiert, les magistrats décident et la présidence gabonaise n’exerce aucun pouvoir sur ces institutions.
Rien ne permet, par ailleurs, d’affirmer que Brice Oligui Nguema a donné une instruction contre Omar-Denis Junior Bongo ou Antoinette Sassou-Nguesso. L’associer personnellement aux développements du dossier revient à confondre la position juridique de l’État gabonais avec les choix autonomes de la justice française.
Pourquoi, alors, vouloir installer l’idée d’une guerre entre Libreville et Brazzaville ? Cette présentation pourrait nourrir une tension diplomatique inexistante entre Brice Oligui Nguema et Denis Sassou-Nguesso. Le dossier judiciaire doit suivre son cours, mais il ne peut servir de prétexte à la fabrication d’un conflit politique dont les faits, jusqu’à présent, ne démontrent pas l’existence.


