Le chiffre ne correspond pas à une nouvelle disparition d’argent public. Quant au remplacement d’Alex Euv Moutsiangou, aucun document officiel ne permet d’y voir une punition.
C’est une somme capable de donner le vertige : près de 1 700 milliards de FCFA, soit environ 2,6 milliards d’euros. Depuis sa diffusion, beaucoup ont cru que la Cour des comptes venait de découvrir un détournement gigantesque. La réalité est moins spectaculaire, mais plus complexe : ce total rassemble des débets et des amendes issus de décisions financières accumulées pendant plusieurs décennies.
Deux événements, mais aucun lien officiellement démontré
Le remplacement d’Alex Euv Moutsiangou par Pamphile Moussavou Ibouanga a renforcé le soupçon. Parce que cette décision est intervenue peu après la polémique, certains y ont vu une sanction. Le Conseil supérieur de la magistrature n’a pourtant donné aucune justification allant dans ce sens. La chronologie rapproche les deux épisodes, mais elle ne suffit pas à prouver que le premier a provoqué le second.
Les 1 700 milliards ne constituent pas non plus une immense facture dont chaque franc resterait aujourd’hui à récupérer. Une décision prononcée il y a plusieurs années peut avoir été totalement ou partiellement exécutée, faire l’objet d’un apurement ou avoir changé de statut après une procédure. Seul un bilan actualisé permettrait de connaître la part déjà recouvrée et le montant encore réellement exigible.
Un débet n’est pas forcément un vol
Le mot « débet » désigne une somme mise à la charge d’une personne par une juridiction financière. Cela peut résulter d’une recette qui n’a pas été encaissée, d’une dépense dépourvue de justificatifs suffisants ou d’une irrégularité comptable. Ce constat peut être sérieux sans constituer automatiquement un détournement de fonds. Accoler publiquement l’étiquette de voleur à toutes les personnes mentionnées dans ces décisions serait donc juridiquement hasardeux.
Alex Euv Moutsiangou n’a, du reste, pas disparu de la sphère publique : il est nommé conseiller au Secrétariat permanent du CSM. Son successeur devra désormais accomplir un travail moins spectaculaire que l’annonce d’un chiffre géant, mais beaucoup plus utile : vérifier chaque créance, récupérer ce qui peut encore l’être et expliquer clairement l’état des dossiers. Car le véritable scandale serait désormais de laisser l’imprécision engloutir la vérité sur les comptes publics.


