Le 26 février, le ministre de l’Intérieur Hermann Immongault a dévoilé les neuf membres de l’Autorité pour le contrôle des élections et du référendum (ACER). Officiellement, ces nominations résultent d’un processus rigoureux et impartial. Pourtant, une lecture minutieuse des profils désignés révèle une autre réalité : celle d’un recyclage d’acteurs politiques bien connus, aux liens familiaux et partisans troublants.

Une promesse de renouveau vite enterrée

L’appel à candidatures avait suscité l’espoir d’un renouvellement du paysage électoral gabonais. Avec 256 postulants – dont 50 femmes – le vivier de candidats permettait théoriquement une sélection fondée sur l’expertise et l’indépendance. Mais à l’arrivée, la liste publiée ressemble davantage à un exercice de reconduction déguisée qu’à une véritable ouverture démocratique.

Marius Ndong Ondo et Ange Nkoghe, anciens membres influents du Centre Gabonais des Élections (CGE), en sont l’illustration parfaite. Le premier, ex-rapporteur de la majorité au CGE et militant du CLR, affiche une proximité historique avec le pouvoir. Le second, ex-questeur de l’opposition au CGE et cadre de l’USP, démontre que même l’opposition officielle ne se renouvelle pas.

Autre nom marquant, Jean Minko, ancien président de commission au CNE/CENAP/CGE et ex-directeur de cabinet du Premier ministre de la Transition. Un vétéran de l’appareil électoral gabonais, dont la neutralité interroge.

Des connexions familiales et politiques frappantes

Au-delà des trajectoires politiques, certains liens personnels suscitent des doutes quant à la transparence du processus. Lydie Mamiaka, par exemple, est la cousine du ministre en fonction Philippe Tonangoye. De son côté, Marius Bondji Chamba, militant du PDG, renforce la perception d’une ACER infiltrée par des figures liées à l’ancien régime.

Le ministre Immongault a insisté sur le fait que les candidats retenus avaient été soumis à des enquêtes de moralité. Mais que valent ces enquêtes lorsque la quasi-totalité des élus gravitent autour des cercles du pouvoir ? Loin de garantir une indépendance, ces nominations créent un climat de méfiance quant à la capacité de l’ACER à arbitrer les prochaines échéances électorales en toute impartialité.

Un contrôle politique sur une institution cruciale

La mise en place de l’ACER était censée marquer une rupture avec le passé, en instaurant une instance crédible et indépendante pour superviser les scrutins. Or, au lieu de confier cette responsabilité à des personnalités issues de la société civile ou du monde académique, ce sont les habitués du sérail qui raflent la mise.

Cette situation fait craindre une instrumentalisation de l’ACER en faveur du pouvoir en place, à l’approche de la présidentielle de 2025. Peut-on attendre de cette institution qu’elle garantisse l’équité du jeu électoral, alors même que ses membres doivent leur position à un système de cooptation politique ?

Si la transparence électorale est un pilier fondamental de toute démocratie, le Gabon semble s’engager sur une voie où les apparences peinent à masquer une mainmise du pouvoir sur le processus électoral. L’ACER aurait pu être le symbole d’un renouveau démocratique. Pour l’instant, elle ressemble davantage à une forteresse politique soigneusement verrouillée.

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