Le ton est tombé comme un coup de semonce. En recevant à Libreville les opérateurs du secteur aurifère, le président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, a réaffirmé sa volonté d’en finir avec l’orpaillage illégal qui gangrène depuis des années l’économie gabonaise.
Objectif : reprendre le contrôle d’une ressource stratégique, symbole d’une souveraineté économique que le chef de l’État entend désormais affirmer sans ambiguïté.
Une filière sous haute tension
Devant un parterre d’entrepreneurs et de cadres du ministère des Mines, le président n’a pas mâché ses mots : l’heure est venue de “remettre de l’ordre” dans un secteur devenu le terrain de jeux d’intérêts opaques, où des réseaux clandestins exploitent les failles du système.
Des centaines de sites illégaux, disséminés autour de Ndjolé, Makokou ou Mitzic, échappent au contrôle de l’État. Les pertes pour le Trésor se chiffrent en dizaines de milliards de francs CFA, tandis que les forêts et les rivières paient le prix d’une exploitation sauvage.
« Il n’est plus acceptable que notre or enrichisse des réseaux parallèles pendant que l’État et les populations locales n’en voient pas les retombées », aurait martelé Oligui Nguema, selon un proche du Palais du Bord de mer.
La rigueur en ligne de mire
Pour inverser la tendance, le président a dévoilé un plan de refondation du secteur aurifère, articulé autour de mesures fortes :
• Audit intégral du secteur pour identifier les zones d’ombre ;
• Surveillance satellitaire des sites d’exploitation ;
• Interdiction stricte de toute activité artisanale non encadrée ;
• Retrait immédiat des permis en cas d’infraction.
À ces décisions s’ajoutent des dispositions économiques : réduction du nombre de permis, instauration d’une caution bancaire obligatoire pour les opérateurs agréés et raffinage local de l’or.
Une grille nationale de fixation des prix viendra compléter le dispositif afin de limiter les marges opaques et d’uniformiser la commercialisation du métal précieux.
Transparence et souveraineté économique
Cette réforme va bien au-delà d’un simple assainissement technique. Elle s’inscrit dans une vision de reprise en main des ressources nationales, chère à Oligui Nguema depuis son arrivée au pouvoir.
Les recettes minières devront désormais être inscrites directement dans le budget de l’État, une exigence de transparence et de traçabilité qui vise à couper court à la corruption endémique.
« L’or relève de la souveraineté de l’État et doit être exploité dans le respect du développement durable et de l’équité », a insisté le chef de l’État, traçant ainsi les contours d’une nouvelle doctrine économique : celle d’un Gabon maître de son sous-sol.
Le test de la mise en œuvre
Mais sur le terrain, la bataille s’annonce ardue. L’orpaillage illégal, profondément enraciné dans les zones forestières et soutenu par des réseaux transfrontaliers, a déjà survécu à plusieurs campagnes de répression.
Pour Jean-Philippe Ndong, géologue gabonais, le succès dépendra de la capacité du gouvernement à suivre l’impulsion présidentielle par des actes concrets :
« Si la réforme est appliquée avec rigueur, elle peut transformer l’or en véritable levier de développement pour nos communautés rurales, plutôt qu’en symbole de désordre et de corruption. »
Le pari de l’autorité
Depuis son accession au pouvoir en août 2023, Brice Clotaire Oligui Nguema s’est donné pour mission de moraliser la vie publique et de rétablir l’autorité de l’État.
Le secteur aurifère, longtemps miroir d’une économie souterraine, devient aujourd’hui le terrain d’épreuve de cette promesse.
En s’attaquant frontalement à l’orpaillage illégal, le président ne cherche pas seulement à redresser une filière : il affirme une doctrine — celle d’un État souverain, capable de défendre ses richesses et de les mettre au service de ses citoyens.
Une bataille décisive, dont l’issue dira si le Gabon de la Transition a réellement les moyens de ses ambitions.
