Derrière les 27 000 milliards de FCFA annoncés se dessine une question autrement plus délicate : le Gabon peut-il financer sa transformation sans accroître sa dépendance extérieure ? La première édition du Forum national de l’épargne pour le développement, organisée les 2 et 3 septembre à Libreville par la Caisse des Dépôts et Consignations, a tenté d’apporter une réponse institutionnelle à cette interrogation. Sous le thème de l’épargne et de la souveraineté financière, les participants ont défendu le principe d’un financement davantage ancré dans les ressources nationales et orienté vers les priorités du Plan national de croissance et de développement 2026-2030.
L’ampleur des besoins donne à cette réflexion un caractère pressant. Sur les 27 000 milliards de FCFA nécessaires à l’exécution du PNCD, environ 18 000 milliards sont attendus du secteur privé et des ressources intérieures. Ce partage suppose une profonde évolution du système de financement gabonais. L’épargne, souvent immobilisée dans des placements courts ou absorbée par la consommation, devrait être convertie en capitaux de long terme capables de soutenir le logement, les infrastructures, l’agriculture et l’énergie. Le débat ne porte donc pas uniquement sur la quantité d’argent disponible, mais sur les instruments permettant de le diriger vers l’investissement productif.

L’indispensable reconquête de la confiance
Cette ambition se heurte cependant à un obstacle central : la défiance susceptible de retenir les épargnants. La réussite d’une politique de mobilisation intérieure exige des règles stables, une gouvernance lisible et des garanties sur l’affectation des fonds. Les entreprises gabonaises avaient déjà formulé ces exigences lors du Gabon Economic Forum de juillet, en évoquant notamment la sécurité juridique et la visibilité économique. En intégrant cette préoccupation, le FONED a implicitement reconnu qu’une institution financière ne peut transformer l’épargne en levier de développement par la seule création d’un nouveau produit.
La question est particulièrement sensible pour la diaspora. La présentation de l’étude DIASDEV devait permettre de mieux cerner les attentes des Gabonais vivant à l’étranger et les conditions de leur participation au financement du pays. Leurs transferts constituent une ressource régulière, mais demeurent principalement destinés aux besoins familiaux. Les convertir partiellement en investissements suppose de proposer des supports compréhensibles, crédibles et suffisamment sécurisés. La diaspora ne saurait être considérée comme un simple réservoir de liquidités : son engagement dépendra de sa capacité à suivre les projets, à mesurer les risques et à constater les résultats.

Le passage attendu des intentions aux réalisations
Avec OKIRA 241, la CDC Gabon entend fournir une première réponse opérationnelle. Le dispositif présenté à la clôture du forum vise à mobiliser l’épargne des résidents et des expatriés en faveur de l’immobilier et de plusieurs projets structurants du PNCD. Son déploiement numérique pourrait élargir l’accès aux placements et toucher des publics peu familiers des circuits financiers classiques. Cette orientation traduit une volonté de rapprocher la collecte de l’épargne de son utilisation finale, tout en faisant de la technologie un outil d’inclusion financière et de diffusion des produits d’investissement.

Reste à démontrer que ce nouvel édifice produira les effets annoncés. Le succès du FONED dépendra moins de la portée de ses déclarations que de la qualité des mécanismes mis en œuvre après sa clôture : protection des déposants, rémunération attractive, transparence des investissements et sélection rigoureuse des projets. Pour devenir un instrument de souveraineté, l’épargne devra se matérialiser dans l’économie réelle et générer des bénéfices durables. Le Gabon ouvre ainsi un chantier qui touche à la fois à la finance, à la gouvernance et à la relation entre l’État, les institutions et les citoyens.


