Le Gabon n’était pas condamné à subir la crise pétrolière. Entre 2017 et 2019, le pays a engagé, avec l’appui du Fonds monétaire international, une correction de ses déséquilibres économiques. Le point de départ était pourtant sévère : après l’effondrement des cours du pétrole, la dette publique atteignait environ 64 % du produit intérieur brut en 2016. L’urgence consistait à retrouver une capacité de financement sans laisser les impayés et les déficits dicter toute la politique économique.
Le 19 juin 2017, le FMI approuve un accord triennal d’environ 642 millions de dollars pour accompagner le programme de relance défini par les autorités gabonaises. Ce soutien associe financement et engagements de réforme. Son intérêt économique tient à cette articulation : apporter des ressources pour traverser la crise tout en corrigeant les pratiques qui alimentent les besoins de financement. Le partenariat donne ainsi au Gabon un cadre pour organiser son redressement et rendre ses engagements vérifiables.
Le premier chantier concerne les comptes publics. Dans les tableaux du rapport de décembre 2019, le déficit budgétaire sur base caisse passe de 6,6 % du PIB en 2016 à 3,4 % en 2017, puis à 1,6 % en 2018. Cette réduction traduit un changement de trajectoire : l’État diminue l’écart entre ses ressources et ses paiements. Elle doit toutefois être appréciée avec la composition des dépenses, car un ajustement solide protège aussi les investissements nécessaires à la croissance future.
Le recul des arriérés apporte une autre preuve du mouvement engagé. Le FMI relève que leur stock recensé passe de 9,7 % du PIB fin 2016 à 3,3 % fin septembre 2019, les arriérés extérieurs ayant été apurés en mars. Pour un État, honorer davantage ses engagements constitue un levier de crédibilité. Pour ses partenaires économiques, cela peut réduire l’incertitude qui pèse sur les contrats et les décisions d’investissement. L’audit des impayés intérieurs restait néanmoins susceptible de faire apparaître des obligations supplémentaires.
L’activité économique commence également à reprendre. En octobre 2019, la mission du FMI prévoit une croissance de 3,4 % pour l’année, contre 0,8 % en 2018, grâce notamment au pétrole, aux mines et au bois. Cette prévision décrit un rebond encourageant, mais révèle aussi la persistance d’une dépendance aux secteurs exportateurs. L’enjeu devient alors de transformer la reprise en débouchés pour les entreprises locales, plutôt que de laisser ses bénéfices se concentrer dans quelques branches.
La période établit donc un précédent utile : le Gabon peut corriger ses déséquilibres lorsqu’un programme est effectivement exécuté. Le financement international accompagne cette capacité nationale ; il ne la remplace pas. Pour prolonger une telle dynamique, la discipline doit devenir une pratique administrative durable : programmer les paiements, contrôler les engagements et évaluer les dépenses. La force du partenariat avec le FMI se mesure finalement à cette possibilité de transformer une réponse à la crise en méthode de gestion.


