Le calme semble revenu dans les rangs des étudiants de l’École Nationale des Arts et Manufactures (ENAM), après le paiement tant attendu de leurs arriérés de bourse d’études par l’État , à travers le Ministère de la Culture et des Arts. Un geste fort, salué par beaucoup comme une réponse concrète à une situation devenue intenable. Mais c’est surtout le discours prononcé dans la foulée par la ministre Armande Longo épouse Moulengui parlant d’instrumentation qui a retenu l’attention, suscitant des interrogations.

Devant les étudiants rassemblés, la ministre a en effet lancé un appel :  » Ne vous laissez pas instrumentaliser par n’importe qui. Ni les syndicats, ni les hommes politiques. Ne descendez pas dans la rue.  » Un message que d’aucuns jugent prudent et préventif. Mais en réalité qui frôlait clairement l’injure et le manque d’intégrité des étudiants. Sinon, dans quel contexte parler d’instrumentalisation ? Et par qui ?

Dans un pays où le président de la Transition, Brice Clotaire Oligui Nguema, bénéficie d’un taux de soutien populaire supérieur à près de 95 %, difficile de désigner une force d’opposition suffisamment influente pour orienter les actions d’étudiants réclamant simplement le versement de leurs allocations. Sur le terrain, aucune revendication politique n’a été exprimée. Les étudiants réclamaient le strict minimum : de quoi manger, se déplacer, vivre dignement et étudier en toute quiétude.

Pour nombre d’observateurs, la véritable « instrumentalisation », s’il faut en parler, n’est pas venue de l’extérieur. Elle était intérieure. Elle portait le nom de la précarité. Les témoignages recueillis ces derniers jours étaient clairs : certains ne mangeaient plus qu’un repas par jour, d’autres n’avaient plus de quoi payer leurs transports pour aller en cours. Ce n’est pas une idéologie qui les a poussés à se mobiliser, mais la nécessité de dénoncer une souffrance entretenue par les entités étatiques telles que l’agence nationale des Bourses du Gabon (ANBG), ou le Ministère du Budget et des comptes publics.

Les propos du ministre semble ainsi souffrir d’un certain décalage avec la réalité du terrain. En évoquant des risques de manipulation, il introduit un soupçon politique dans ce qui n’était, au départ, qu’un cri social. Si prendre d’assaut la rue pour exprimer un ras-le-bol au bout de 7 mois sans bourses d’études n’était pas légitime, c’est certainement inhumain. Si c’était sa façon de couvrir les lacunes d’une administration publique qui a du mal à gérer ses boursiers, c’était maladroit.

En réglant les bourses, l’État a rempli une part de son contrat. Reste maintenant à écouter pleinement les voix étudiantes, au-delà des soupçons et des mises en garde. Car si la rue a été envisagée, c’est peut-être moins par idéologie que par survie. Et cela, aucun discours ne saurait l’instrumentaliser.

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