Trente-deux mois de patience. Des milliards engloutis. Et toujours pas d’eau dans les robinets. Voilà le triste paradoxe du Projet intégré pour l’alimentation en eau potable et l’assainissement de Libreville (PIAEPAL), financé à hauteur de 75 milliards de FCFA par la Banque africaine de développement (BAD). Annoncé avec fracas comme une solution structurelle à la crise de l’eau dans la capitale gabonaise et ses environs, ce projet emblématique reste aujourd’hui synonyme de lenteurs, d’attentes interminables et de désillusion populaire.
Un engagement financier colossal, des résultats à la traîne
Lancés il y a presque cinq ans, les travaux pilotés par China First Highway Engineering Company Limited (CFHEC) devaient changer la donne pour près de 300 000 personnes vivant à Libreville, Owendo, Akanda et Ntoum. En théorie, les indicateurs avancent :
• 149 km de réseau renouvelés,
• 191 km d’extensions,
• 60 bornes-fontaines installées,
• 4 châteaux d’eau construits,
• 11 000 branchements réalisés.
Mais la réalité sur le terrain est toute autre. Dans des quartiers comme Nzeng-Ayong, Plaine-Orety, Louis ou Ambowè, les habitants manquent toujours d’eau, formant de longues files d’attente ou recourant aux forages privés. L’eau, promesse fondamentale d’un mieux-vivre, continue de se faire rare, capricieuse, presque inaccessible.
Une gestion en question
Face à ce constat amer, le ministre Philippe Tonangoye tente d’afficher fermeté et volontarisme. Lors de sa récente rencontre avec les responsables de CFHEC, il a promis de « faire vite et bien », tout en dénonçant les lenteurs et les fuites persistantes sur l’axe stratégique Ntoum–PK5. Un problème identifié depuis des mois… mais toujours non résolu.
Et que dire du surpresseur du PK5, exigé en octobre 2023 par le président Brice Clotaire Oligui Nguema pour une livraison en février 2024 ? Nous sommes en mai 2025. Rien n’a changé.
Le peuple attend, l’État doit répondre
L’eau potable n’est pas un luxe. C’est un droit fondamental. Et lorsqu’un projet aussi ambitieux, aussi massivement financé, échoue à le garantir, la crédibilité des institutions est entamée.
Le ministre promet une gestion rigoureuse. L’entreprise partenaire assure vouloir renforcer sa coopération. Mais le peuple gabonais, lui, attend des résultats tangibles, pas des déclarations bien ficelées.
Un tournant politique ?
Dans un contexte de refondation républicaine, la réussite du projet PIAEPAL est un test grandeur nature pour la gouvernance du président Oligui Nguema. Il ne s’agit plus seulement d’infrastructures, mais de confiance, de légitimité et d’efficacité de l’action publique.
L’eau doit enfin couler dans les foyers. Non pas dans les rapports d’étape ni dans les communiqués officiels, mais dans chaque maison, chaque bidon, chaque quartier. Car une promesse non tenue devient un fardeau politique. Et l’inaction, dans ce cas précis, tient de la rupture de contrat social.
